Il y a des discussions qui continuent après avoir quitté une salle de cinéma. Celle-ci en fait partie.

J'ai récemment assisté à la projection du documentaire consacré à Blandine L'Hirondel, qui raconte son parcours d'athlète de haut niveau, mais aussi la personne derrière les performances. Au-delà des résultats et des compétitions, le film permet de découvrir une personnalité, son rapport au trail et les réalités qui accompagnent une carrière d'athlète professionnelle.

À la fin de la projection, Blandine était présente sur scène avec le réalisateur et son compagnon, Mathieu Masbernard, pour échanger avec le public. Une question a alors été posée sur un sujet devenu incontournable dans le trail : l'environnement et l'UTMB.

La réponse de Blandine m'a intéressé, mais c'est surtout une phrase prononcée ensuite par Mathieu qui m'est restée en tête :

« Ce n'est pas binaire. »

Et peut-être que c'est justement de cette manière qu'il faudrait commencer à parler de l'écologie dans le sport.

Peut-on être athlète et questionner l'impact de son sport ?

C'est aussi ce qui m'a marqué dans la réponse de Blandine. En tant qu'athlète professionnelle, elle comprend les enjeux environnementaux qui entourent son sport. Mais elle en est également une actrice directe. Son métier consiste à courir, à participer à des compétitions et à prendre part à cet écosystème international.

Il existe donc forcément une forme de contradiction : elle peut être consciente de l'impact environnemental de certaines pratiques tout en étant contrainte, dans le cadre de son activité professionnelle, d'y participer. Et cette situation mérite d'être regardée avec nuance.

Demander à un athlète professionnel de porter seul la responsabilité environnementale du système dans lequel il évolue serait évidemment réducteur. Les choix concernant le calendrier des compétitions, leur localisation, leur modèle économique ou les conditions de participation dépassent largement sa seule responsabilité. Cela ne signifie pas pour autant qu'il ne faut pas questionner ces pratiques. Cela signifie simplement qu'il faut distinguer la responsabilité individuelle de l'athlète et celle de l'écosystème sportif dans son ensemble.

On peut comprendre les enjeux environnementaux sans considérer qu'un athlète qui participe à une compétition est nécessairement incohérent. On peut aussi questionner le modèle d'un événement sans demander à ceux qui en vivent de s'en détourner du jour au lendemain. Le débat devient alors beaucoup plus intéressant : comment faire évoluer un système auquel participent des athlètes, des organisateurs, des marques, des territoires et des spectateurs ?

L'UTMB est-il vraiment le « vilain petit canard » ?

Lorsqu'on parle d'environnement dans le trail, l'UTMB revient très rapidement dans la conversation. C'est assez logique : l'événement est devenu international et extrêmement médiatisé. Il attire des coureurs du monde entier et concentre pendant plusieurs jours une activité importante dans les vallées du Mont-Blanc. Il est donc parfaitement légitime de questionner son impact, et les chiffres donnent matière à le faire.

Dans son rapport d'impact, l'organisation indique que le bilan carbone 2024 du HOKA UTMB Mont-Blanc s'élevait à 18 600 tonnes de CO₂e, soit environ 1,6 tonne par coureur. Surtout, les déplacements représentaient 88 % de cette empreinte, dont la grande majorité était liée aux trajets en avion des coureurs et accompagnants.

C'est probablement l'un des éléments les plus intéressants à retenir. Le principal problème environnemental de l'événement n'est pas nécessairement le balisage d'un sentier ou le gobelet utilisé au ravitaillement. C'est la mobilité. Faire venir des milliers de personnes dans une vallée de montagne depuis des dizaines de pays a mécaniquement un coût environnemental. Et cela pose une question beaucoup plus difficile à résoudre qu'un simple « supprimons les bouteilles en plastique ».

Mais l'UTMB ne fait pas rien

C'est là que le débat devient intéressant. L'UTMB affirme depuis plusieurs années travailler sur son impact environnemental. Pour 2026, l'organisation a notamment renforcé sa politique de mobilité. Les coureurs peuvent notamment bénéficier de 30 % de chances supplémentaires au tirage au sort s'ils s'engagent à respecter certaines règles de mobilité moins carbonée. L'organisation a également instauré une contribution carbone obligatoire pour les participants et différentes parties prenantes.

L'organisation indique également investir plus de 500 000 euros par an depuis 2023 dans son dispositif de mobilité, avec 120 bus, 15 lignes et 28 stations.

Cela ne signifie pas que l'UTMB est devenu un événement « écologique ». Et ce n'est pas non plus le sujet. Un événement qui génère une empreinte carbone importante reste un événement dont l'impact mérite d'être questionné. Mais il faut pouvoir tenir deux idées en même temps : l'impact de l'UTMB mérite d'être questionné, et les actions mises en place méritent elles aussi d'être regardées. C'est précisément ce que permet une approche non binaire.

Et si on posait les mêmes questions à tous les sports ?

C'est ici que la réflexion de Mathieu m'a particulièrement intéressé. Il évoquait notamment le fait que l'on concentre beaucoup d'attention sur l'UTMB alors que le sport international est rempli d'événements dont le fonctionnement pose également des questions en matière de déplacements et d'impact environnemental.

La comparaison avec le football est intéressante. La Coupe du monde 2026 a été organisée dans trois pays, les États-Unis, le Canada et le Mexique, et 16 villes hôtes. La FIFA présente cette édition comme la première Coupe du monde organisée dans trois pays et la plus grande de son histoire avec 48 équipes.

La FIFA dispose par ailleurs d'une stratégie de développement durable qui prévoit notamment de mesurer et réduire les émissions liées au tournoi, de travailler sur les déplacements et de limiter les impacts environnementaux.

Là encore, il ne s'agit pas de dire « la Coupe du monde pollue plus, donc l'UTMB a raison ». Ce serait justement retomber dans le raisonnement binaire que je cherche à éviter. La bonne question est plutôt : pourquoi acceptons-nous certains modèles de déplacement dans un sport, tout en considérant immédiatement qu'un autre modèle est aberrant dans un autre sport ?

Le problème n'est peut-être pas l'événement, mais le modèle

Un événement sportif n'a pas seulement un impact environnemental. Il peut aussi avoir des retombées économiques, sociales et territoriales. Une course peut faire travailler des hébergeurs, des restaurants, des commerces, des prestataires et des bénévoles. Elle peut contribuer à faire connaître un territoire et créer une dynamique locale.

Mais ces bénéfices ne doivent pas devenir une excuse permettant d'ignorer les externalités négatives. À l'inverse, l'empreinte carbone ne devrait pas être le seul indicateur permettant de juger un événement. C'est probablement là toute la difficulté : comment mettre dans la même équation l'impact environnemental, les retombées économiques, la vie du territoire, l'expérience des participants, le modèle économique de l'organisation et la réalité des athlètes professionnels ? Il n'existe probablement pas de réponse simple.

Alors, que doit-on demander aux événements sportifs ?

Peut-être pas d'être parfaits. Mais d'être capables de mesurer leur impact, de le rendre transparent et de montrer ce qu'ils cherchent réellement à améliorer. On peut ensuite discuter de la pertinence des solutions proposées. Est-ce suffisant ? Est-ce trop lent ? Est-ce que certaines mesures sont réellement efficaces ? Est-ce qu'il faudrait aller plus loin ?

Ces questions sont légitimes. Mais elles deviennent beaucoup plus intéressantes lorsqu'elles reposent sur des données plutôt que sur une opposition entre « événement responsable » et « événement irresponsable ».

C'est finalement ce que je retiens de cette soirée avec Blandine L'Hirondel. Elle ne cherchait pas à présenter une position parfaite. Elle reconnaissait simplement qu'elle faisait partie d'un système dont elle connaissait aussi les contradictions. Et la phrase de Mathieu résume assez bien cette idée : ce n'est pas binaire.

L'écologie dans le sport ne devrait probablement pas être un concours pour désigner le bon et le mauvais élève. Elle devrait être une réflexion sur ce que nous faisons aujourd'hui, ce que nous pouvons changer demain et les compromis que nous sommes réellement prêts à accepter. Parce qu'au fond, la question n'est peut-être pas « est-ce que l'UTMB est écologique ? », mais plutôt : à quoi devrait ressembler un grand événement de trail dans un monde qui doit réduire son impact environnemental ?

Et cette question-là mérite probablement beaucoup plus qu'un simple oui ou non.

Sources